Décembre 2025. Après sa reprise par la société américaine Energy Fuels, le projet Base Toliara change de nom et devient « Vara Mada ». Malgré ce rebranding, le projet minier reste au cœur de tensions dans le sud-ouest de Madagascar. Pas plus tard que le 13 mars 2026, la Cellule de crise Diovy Madagasikara, section Toliara, a de nouveau tapé du poing sur la table en rejetant l’implantation du projet.
Depuis plusieurs mois, responsables politiques, acteurs de la société civile comme internautes expriment leurs inquiétudes sur les impacts environnementaux, sociaux et fonciers du projet. Sur les réseaux sociaux comme dans certaines prises de parole politiques, une contradiction de chiffres alimente les débats. Certains discours estiment que le projet s’étend sur une superficie de 7 000 hectares, d’autres avancent 12 500 hectares, tandis que d’autres publications en ligne parlent d’une emprise pouvant atteindre 47 000 voire 77 000 hectares.
Derrière ces écarts se dessinent des inquiétudes concrètes : plus la superficie avancée est grande, plus le nombre de terres, de villages et d’activités potentiellement concernés apparaît élevé.
Rappel du contexte
Le projet Vara Mada porte sur l’exploitation d’un gisement de sables minéralisés situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de Toliara. Découvert en 1997, ce gisement a donné lieu à des permis de recherche (Permis R) en 2001 et 2004, puis à un permis d’exploitation (Permis E) en 2012. Un permis environnemental a suivi en 2015. Repris en 2018 par le groupe australien Base Resources Ltd, le projet a toutefois été suspendu en 2019, dans un climat de contestation locale.
Les griefs sont nombreux : suspicions de risques sanitaires et écologiques, menaces sur l’accès à l’eau, déplacements des habitants, destruction du patrimoine local, et opacité sur la répartition des retombées économiques et de l’étendue du projet. Le 27 novembre 2024, un protocole d’accord gouvernemental a relancé l’initiative. L’État malgache a affiché son soutien au projet en contrepartie d’un compromis intégrant des engagements sur le développement local, les infrastructures, l’emploi et des garanties environnementales. Mais sur le terrain, la défiance persiste. Depuis cette relance, plusieurs localités du Sud-Ouest ont été le théâtre de manifestations hostiles au projet, réunissant figures de la société civile, collectifs de citoyens, leaders communautaires et élus.
Fait notable, l’actuel président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, figure parmi les personnalités influentes qui s’opposent à ce projet minier. Cette position confère une dimension politique supplémentaire aux débats parlementaires à venir, alors que la Chambre basse est appelée à examiner ce dossier dans un cadre institutionnel formel. En décembre 2025, une Proposition de Résolution n°004-2025/PR a été validée, portant création d’une commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner les impacts réels générés par le projet. En avril 2026, le projet a été relancé, mais reste en attente de la validation d’un accord d’investissement avec l’État malgache.
Notre processus
Que disent vraiment les données sur l’étendue du permis minier ? Pour déterminer l’étendue réelle du permis minier – un des points de friction central de ce dossier – WHAT THE FACT a croisé plusieurs sources de données et de témoignages. L’équipe a consulté les documents officiels notamment le site web du Bureau de Cadastre Minier Malgache (BCMM), le rapport d’audit de conformité du projet Base Toliara et les rapports techniques du projet, notamment le rapport d’études de faisabilité du projet Vara Mada.
L’équipe s’est entretenue avec des figures critiques du projet, notamment Volahery Andriamanantenasoa directrice des programmes du CRAAD-OI (Centre de Recherches et d’Appui pour les Alternatives de Développement – Océan Indien), et Elia Rabevahiny, président du parti OTRIKAFO et vice-président du FIMA (Fikambanan’ny Masikoro Arivolahy) et conseiller technique permanent auprès président de la Refondation de la République de Madagascar, pour recueillir les données de terrain et les sources de leurs inquiétudes.
Nous avons également sollicité le ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD), la société Vara Mada et l’Office National pour l’Environnement (ONE). À l’heure où nous publions cet article, nous n’avons pas encore reçu de réponse concrète de la part de ces entités.
Notre enquête

Une confusion au niveau des chiffres
Dans un extrait du journal télévisé de Madagascar Broadcasting System (MBS) publié le 7 décembre 2024, l’ex-directeur général de Base Toliara, Jean Bruno Ramahefarivo, a indiqué que le projet couvre environ 7 000 hectares, dont 4 000 hectares destinés à l’extraction. Il a réitéré cette estimation le 4 avril 2025 sur la chaîne nationale Televiziona Malagasy (TVM), évoquant cette fois une superficie de 7 700 hectares.

Le 22 mai 2025, le ministère des Mines a publié sur son site web officiel une autre version. Il a notamment avancé que le permis d’exploitation n°37242 couvre 12 500 hectares (125 km²). Cette estimation repose sur les données du cadastre minier et sur les décisions administratives encadrant le projet.
D’autres estimations, beaucoup plus élevées, circulent dans le débat public, évoquant des surfaces de plusieurs dizaines de milliers d’hectares. À titre d’exemple, dans une publication sur Facebook du 21 mai 2025, Siteny Randrianasoloniaiko dénonce que le ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) envisagerait de céder 77 000 ha à la Base Toliara.
Par ailleurs, dans une vidéo publiée sur une page Facebook le 22 mai 2025, l’artiste Théo Rakotovao présente à l’écran le cadastre minier du site du BCMM. Il y identifie trois sites miniers situés à Ankililioke et Basibasy et affirme qu’en plus du site minier de Ranobe, Base Toliara aurait également tenté d’exploiter ces zones.
Des perceptions du terrain qui dépassent le périmètre légal
Les entretiens menés montrent que la perception du projet dépasse largement le seul périmètre du permis minier. Elia Rabevahiny a indiqué que le projet concernerait plusieurs districts, dont Toliara I, Toliara II et Morombe. Toutefois, il ne précise pas s’il s’agit du périmètre minier au sens juridique ou de l’ensemble des zones associées au projet, regrettant par ailleurs que le cahier des charges n’ait pas été publié.
De son côté, Volahery Andriamanantenasoa, a également évoqué une emprise territoriale plus large du projet, incluant d’autres sites miniers qui se retrouvent à Basibasy, Ankililioka et Manombo-Morombe. Elle s’appuie pour cela sur des documents techniques relatifs aux anciennes phases du projet, dont le rapport d’audit de la Cour des comptes (2020), les rapports d’étude de préfaisabilité de Base Toliara, et un rapport technique publié en 2015 par World Titanium Resources (WTR), identifié comme un document à usage privé.
Enfin, le rapport technique de faisabilité du projet Vara Mada, mis en ligne par Energy Fuels, présente une mise à jour des études de faisabilité du projet. Selon ce document, des campagnes de reconnaissance ont en effet concerné plusieurs zones situées entre Toliara et Morombe, à savoir Ranobe, Morombe, Basibasy, Antseva, Befandefa et Ankililoka. Ces travaux s’inscrivent dans un cadre d’exploration minière, mais le rapport ne permet pas à lui seul d’identifier les permis miniers correspondants.
Des permis d’exploration qui entretiennent la confusion
L’examen des données du cadastre minier du BCMM montre que les trois sites miniers indiqués par Théo Rakotovao dans sa vidéo du 22 mai 2025 correspondent à des périmètres couverts par les permis n° 29103, 29104 et 3314. Les Permis R n°29103 et 29104 sont inscrits au nom de la société Summit Resources S.A.R.L. Dans le cadastre minier, ces permis apparaissent avec le statut « en cours de libération », suggérant qu’ils font l’objet d’une procédure visant à libérer les périmètres concernés.
Quant au Permis R n°3314, il est détenu par Madagascar Resources S.A.R.L, une société malgache active dans l’exploration d’ilménite, selon les informations publiées sur le site officiel de la Région Anôsy. D’après le rapport de réconciliation de l’ITIE-Madagascar pour l’exercice 2022, Madagascar Resources S.A.R.L est une entité rattachée au groupe Base Resources Ltd, ancien opérateur du projet Base Toliara. Elle est liée à la structure capitalistique du projet à travers BTS Holding et Malagasy Sands n°2.

Selon les données du BCMM, cette société détient plusieurs permis de type R, dont six sont situés dans les districts de Toliara I, Toliara II et Morombe.
| Permis R | Statut actuel | Carrés miniers | Superficie | Localisation |
| n°36876 | En cours de mouvement | 32 | 1 250 ha | Toliara II |
| n°3314 | En cours de mouvement | 192 | 7 500 ha | Toliara II |
| n°30250 et n°35822 | En cours de mouvement | 528 + 208 = 736 | 28 359 ha | Morombe |
| n°36648 et n°39650 | En cours d’octroi | 8 + 8 = 16 | 625 ha | Toliara I |
Ce que montrent les données officielles : un périmètre légal défini
L’examen des données cadastrales ouvertes disponibles sur le site du Bureau du Cadastre Minier de Madagascar (BCMM) ainsi que le rapport d’audit de la Cour de Compte sur le projet Base Toliara établit un point de référence.
Selon le rapport de la Cour des comptes, le permis d’exploitation n°37242 de couvre 320 carrés miniers, soit 12 500 hectares. Ce rapport retrace l’évolution des titres miniers du projet, depuis les permis de recherche de Toliara Sands jusqu’à leur transformation en un permis d’exploitation unique. Ces données, fondées sur des actes administratifs et juridiquement encadrées, définissent le périmètre dans lequel l’exploitation est autorisée.


| Date | Description | Surface (1 carré minier = 39,0625 ha) |
| 12/01/2001 | Attribution d’un Permis R n°3314 à Base Toliara | – |
| 21/03/2012 | Arrêté n°4767/2012 du Ministère des Mines : transformation du permis R n°3315 (320 carrés) en Permis E n°37242 (24 carrés), Permis E n°39130 (24 carrés), et maintien de R n°3315 (272 carrés) | 320 carrés miniers = 12 500 ha |
| 23/06/2015 | Octroi du permis environnemental pour le permis E n°37242 | – |
| 27/10/2017 | BCMM : Regroupement des permis n°37242, 39130 et 3315 sous l’appellation unique actuelle Permis E n°37242 | 320 carrés miniers = 12 500 ha |
Les données tabulaires du BCMM font état des mêmes caractéristiques pour le permis E n°37242 attribué à Base Toliara, qui couvre 320 carrés miniers, soit 12 500 hectares (125 km²). Cette unité correspond à un carré minier de 625 mètres de côté, soit 39,0625 hectares ou 0,390625 km², selon la loi n°2023-007 sur la refonte du Code minier.
Les mêmes données du BCMM enregistrent également deux permis de recherche au nom de Base Toliara S.A.R.L, couvrant une superficie totale d’environ 2 500 hectares.
| Permis R | Statut actuel | Carrés miniers | Superficie | Localisation |
| n°17388 | En cours de mouvement | 48 | 1874 ha | Mitsinjo, Sakaraha |
| n°12026 | En cours de mouvement | 16 | 625 ha | Mitsinjo Sakaraha |
Pourquoi les chiffres divergent-ils ?
Il apparaît dans une certaine mesure que les écarts résultent d’une superposition de plusieurs réalités. D’une part, le chiffre de 7 000 à 7 700 hectares correspond à une lecture opérationnelle du projet. D’autre part, le chiffre de 12 500 hectares renvoie au périmètre légal du permis d’exploitation, qu’il soit exploité ou non. Enfin, les estimations plus élevées s’expliquent par l’histoire du projet. Avant sa configuration actuelle, le projet Toliara Sands reposait sur plusieurs permis de recherche couvrant différentes zones, parfois sur plusieurs dizaines de milliers d’hectares.
Notre conclusion
Sur la base des données cadastrales et des documents officiels disponibles, le permis d’exploitation actuel du projet Vara Mada couvre 12 500 hectares. Les divergences observées reposent en partie sur des lectures différentes du projet : le périmètre légal du permis d’exploitation (12 500 ha), la zone effectivement exploitée, les permis de recherche historiquement liés au projet et l’empreinte globale du projet. Sans distinction claire entre ces niveaux, les chiffres apparaissent contradictoires. Une observation claire des données décrit cependant des dimensions différentes du projet.







