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Taxe sur les véhicules à moteur (TVM) : comprendre une controverse devenue un terrain fertile pour la désinformation

Le 9 juin 2026, la Direction générale des impôts (DGI) annonce l’entrée en vigueur de la Taxe sur les Véhicules à Moteur (TVM), une taxe annuelle prévue par la Loi de finances initiale de 2026. Applicable aux voitures particulières, véhicules utilitaires, motos, scooters, bateaux à moteur et aéronefs, cette mesure prévoit que les propriétaires concernés déclarent et acquittent la taxe auprès des centres fiscaux compétents avant le 15 juillet 2026 pour les véhicules déjà en circulation.

L’annonce provoque rapidement de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Entre critiques de la mesure, appels à la désobéissance fiscale, prises de position politiques et interrogations sur son application, le débat prend une ampleur considérable. En une seule journée, le 10 juin 2026, l’équipe de What The Fact a recensé 24 contenus trompeurs relatifs à la TVM, sur un total de 421 cas de Malinformations-Désinformations-Mésinformations (MDM) observés entre le 1er et le 10 juin 2026. Plusieurs posts attribuent de faux propos à des personnalités publiques, annoncent des conséquences qui n’ont fait l’objet d’aucune décision officielle ou diffusent des images manipulées afin de renforcer leur crédibilité.

Au-delà des débats suscités par cette réforme fiscale, une question se pose : pourquoi la réinstauration de la TVM a-t-elle donné lieu à une telle circulation de récits trompeurs ? À travers ce Telescope, What The Fact revient sur l’origine de la Taxe sur les Véhicules à Moteur, son cadre juridique, les principales controverses qui l’ont entourée ainsi que les mécanismes de désinformation observés dans ce contexte.

Comment la Taxe sur les Véhicules à Moteur a-t-elle été réintroduite ?

Contrairement à une idée largement relayée sur les réseaux sociaux, la Taxe sur les Véhicules à Moteur (TVM), souvent désignée sous le nom de « vignette automobile », n’est pas une nouvelle taxe à Madagascar.
La taxe sur les véhicules à moteur à Madagascar a été introduite à l’origine par la législation fiscale coloniale française, bien avant l’indépendance de l’île. Au sens moderne, sa première intégration structurelle dans le système fiscal officiel de l’État malgache indépendant s’est faite dès la création du tout premier Code Général des Impôts (CGI) dans les années 1960.
La Loi n° 2005-029 du 29 décembre 2005 portant Loi de finances pour 2006 a toutefois supprimé cette taxe à compter du 1er janvier 2006, dans le cadre d’une réforme plus large du système fiscal malgache visant à moderniser plusieurs dispositions jugées obsolètes.

Près de vingt ans plus tard, la Loi n° 2025-021 portant Loi de finances pour 2026 réintroduit la Taxe sur les Véhicules à Moteur. L’article 02.09.01 du Code des impôts annexé à cette loi prévoit son rétablissement parmi les mesures destinées à renforcer les recettes de l’État, avec une estimation de 2,2 milliards d’ariary de recettes supplémentaires.

Afin de préciser les modalités d’application de cette disposition, la Direction générale des impôts publie, le 9 juin 2026, un communiqué annonçant officiellement l’entrée en vigueur de la TVM. La mesure concerne l’ensemble des véhicules à moteur circulant sur le territoire national, qu’ils fonctionnent à l’essence, au diesel, à l’électricité ou selon une technologie hybride. La DGI précise également que la preuve de paiement, munie d’un code QR, devra être conservée à bord du véhicule afin de pouvoir être présentée lors d’éventuels contrôles.

Le lendemain, lors d’une intervention diffusée sur la chaîne publique, le directeur de la législation fiscale auprès du ministère de l’Économie et des Finances, Liva Rajoelison, apporte plusieurs précisions sur la philosophie de cette mesure. Il explique notamment que la réinstauration de la TVM repose sur le principe du « pollueur-payeur » et que son montant varie entre 5 000 et 340 000 ariary selon l’ancienneté, la puissance et le type d’énergie utilisé par le véhicule.

Ces annonces interviennent dans un contexte où les questions relatives au pouvoir d’achat occupent une place importante dans le débat public. En quelques heures seulement, la TVM devient l’un des principaux sujets de discussion sur les réseaux sociaux, donnant naissance à de nombreux récits concurrents mêlant interrogations légitimes, interprétations, critiques politiques et contenus trompeurs.

Les conséquences économiques de la TVM alimentent les spéculations

Parmi les premières réactions observées sur les réseaux sociaux à la suite de l’annonce de la Taxe sur les Véhicules à Moteur (TVM) figurent plusieurs messages affirmant que les tarifs des transports en commun allaient prochainement augmenter. Certains soutiennent notamment que les tickets de taxi-be à Antananarivo passeraient à 1 000 ariary afin de compenser le coût de cette nouvelle taxe.

Traduction : Taxes sur les véhicules à moteur
Les taxi-be qui opèrent à Antananarivo menacent d’augmenter le prix du trajet à 1000 ariary.
Les chauffeurs de taxi-be d’Antananarivo ont également exprimé leur point de vue : la TVM exigée par l’État pour les voitures et les motos est trop élevée.
Les taxi-be paient déjà la patente et la licence, tandis que le prix des pièces et des fournitures nécessaires à l’entretien des véhicules augmente chaque jour.
Pourtant, les transporteurs se voient de nouveau imposer une taxe supplémentaire.
Par conséquent, une hausse des tarifs est inévitable car les transporteurs subissent un préjudice économique total du fait de l’existence de cette nouvelle taxe.

Pour vérifier ces allégations, l’équipe de What The Fact a examiné les posts à l’origine de cette rumeur et recherché d’éventuelles annonces officielles concernant une augmentation des tarifs des transports urbains. Aussi, l’Union des Coopératives de Transport Urbain (UCTU), principale organisation représentant les coopératives de taxi-be à Antananarivo, a également été sollicitée afin de connaître la position des transporteurs sur cette question. Le président de l’UCTU, Jean Louis Emile Rakotonirina explique que les transporteurs suivent naturellement avec attention l’évolution des différentes charges pesant sur leur activité, parmi lesquelles figure désormais la Taxe sur les Véhicules à Moteur. Selon lui, les membres de l’UCTU ont récemment tenu une réunion pour examiner en profondeur cette nouvelle taxe, à l’issue de laquelle une décision ferme a été prise : elle rejette catégoriquement l’application de la TVM dans le contexte actuel. Les raisons étant nombreuses. « (…) Premièrement, la situation politique à Madagascar demeure très instable et confuse. Deuxièmement, sur le plan économique, il apparaît que l’État n’est pas encore en mesure d’imposer une telle pression fiscale, car l’économie nationale reste extrêmement fragile (…) », souligne-t-il.

Les membres de l’Union des coopératives de transport urbain (UCTU), crédit photo lexpress.mg


Jean Louis Emile Rakotonirina précise toutefois qu’aucune décision collective n’avait été arrêtée concernant une éventuelle hausse des tarifs au moment de notre vérification. Selon ses dires, une hausse des tarifs ne peut se faire qu’après discussion avec l’État. Les prix du transport dépendent toujours du niveau de vie de la population, qu’il s’agisse du transport urbain, périurbain ou des lignes nationales. Toute augmentation doit donc faire l’objet de discussions et de négociations avec les autorités publiques. Même si les transporteurs envisagent une hausse, il est évident qu’elle devrait être décidée en concertation avec le gouvernement. « (…) aucune discussion officielle n’a encore eu lieu entre les autorités et les transporteurs concernant une modification des tarifs. Il n’y a donc, pour l’instant, aucune décision concrète à annoncer. Oui, la réflexion sur une éventuelle hausse existe bel et bien. En revanche, il est inexact d’affirmer qu’une augmentation est déjà en préparation », a conclu le président de l’UCTU.

Ainsi, les affirmations examinées, qui présentent comme certaine une hausse des tickets de transport pour Antananarivo, ne reposent sur aucune annonce des autorités compétentes ni sur une décision formelle des représentants des transporteurs.

Cette séquence illustre un premier mécanisme de désinformation observé dans le contexte de cette réforme : la transformation d’une hypothèse ou d’une anticipation en information présentée comme certaine. Lorsqu’une mesure publique touche directement les dépenses des ménages, les spéculations sur ses conséquences peuvent rapidement être relayées comme des faits établis avant même qu’une décision officielle ne soit prise.

Si certaines publications annonçaient des conséquences qui n’avaient fait l’objet d’aucune décision officielle, d’autres attribuaient à plusieurs personnalités publiques des déclarations qu’elles n’ont jamais prononcées.
Les trois fact-checks suivants illustrent ce second mécanisme.

Des faux discours attribués à des personnalités publiques

Attribuer des propos à une personnalité publique constitue l’un des procédés les plus fréquemment utilisés dans la circulation de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux. En mobilisant l’image, la notoriété ou la fonction d’un responsable politique ou institutionnel, les auteurs de ces messages cherchent à renforcer la crédibilité apparente de leurs affirmations et à favoriser leur diffusion.

Dans le contexte de la réinstauration de la Taxe sur les Véhicules à Moteur (TVM), What The Fact a identifié plusieurs posts reposant sur ce procédé. Bien que visant des personnalités différentes, elles présentent des caractéristiques communes : elles attribuent à leurs cibles des déclarations qui ne reposent sur aucune source primaire vérifiable, utilisent des images sorties de leur contexte ou modifiées, ou transforment des informations authentiques en récits trompeurs. Parmi les cas les plus relayés figurent ceux concernant le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, Gascar Fenosoa, la ministre de la Justice Fanirisoa Ernaivo ainsi que le président de la Refondation de la République de Madagascar, le Colonel Michaël Randrianirina.

Le 10 juin 2026, un contenu présenté sous la forme d’une carte d’actualité circule largement sur Facebook. Elle affirme que le ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, Gascar Fenosoa, aurait déclaré que tous les propriétaires de véhicules et de motos seraient obligés de payer la TVM avant le 15 juillet, sous peine de sanctions. Le visuel ajoute également que cette mesure serait rendue nécessaire par l’arrêt des financements extérieurs, présenté comme la cause du manque de ressources de l’État.

Traduction : « Le paiement de la taxe sur les véhicules et les motos est obligatoire », selon le porte-parole du gouvernement, Gascar Fenosoa.
Selon le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, les ressources financières permettant d’assurer le fonctionnement de l’État sont devenues insuffisantes en raison de l’interruption des financements extérieurs.
Le gouvernement doit donc rechercher d’autres sources de revenus et augmenter certaines taxes. Parmi ces mesures figure l’instauration d’une taxe obligatoire applicable à tous les véhicules et motos.
Cette nouvelle disposition fiscale a déjà été adoptée par les députés et le Parlement au mois de décembre dernier et devra être appliquée.
Par conséquent, les propriétaires de véhicules et de motos à Madagascar disposent d’un délai d’un mois pour s’acquitter des taxes prévues. Selon le ministre Gascar Fenosoa, des mesures seront prises et des sanctions appliquées à l’encontre de ceux qui n’auront pas payé cette taxe avant le 15 juillet.

Pour vérifier cette information, l’équipe de What The Fact a procédé à une recherche inversée de l’image utilisée, puis consulté les déclarations publiques du ministre ainsi que les communications officielles des institutions concernées. L’équipe a également analysé le contenu attribué au porte-parole afin d’en identifier l’origine.
Les recherches montrent que l’annonce relative à l’obligation de paiement de la TVM avant le 15 juillet provient en réalité du communiqué publié par la Direction générale des impôts le 9 juin 2026. Cette instance étant la seule compétente pour communiquer sur les modalités d’application de cette taxe. L’analyse révèle que plusieurs éléments du communiqué officiel — notamment l’existence de la TVM, l’obligation de paiement, le délai fixé au 15 juillet ainsi que les sanctions prévues — ont été repris puis réattribués à Gascar Fenosoa. En revanche, le message ajoute un élément qui ne figure dans aucun document officiel : l’affirmation selon laquelle la réinstauration de la taxe serait motivée par un manque de ressources lié à l’arrêt des financements extérieurs. Ce passage est présenté comme une déclaration du ministre alors qu’aucune source ne permet de l’établir.
Les recherches menées prouvent également que la photographie utilisée est authentique mais provient d’un tout autre contexte : elle a été prise lors des tournois sportifs inter-médias organisés le 6 juin 2026. L’image est ainsi réutilisée afin de donner davantage de crédibilité au faux discours attribué au ministre de la Culture et de la Communication.

Aussi, le porte-parole du gouvernement a personnellement nié être l’auteur de ces propos. Lors de son passage à Fianarantsoa, invité à une émission spéciale du média Ateto ndraika – Journal en Image, Gascar Fenosoa a confirmé n’avoir jamais formulé d’annonce relative à la taxe sur les véhicules à moteur

En somme, le contenu analysé repose sur une combinaison de plusieurs procédés de manipulation : la réattribution au ministre d’informations issues d’un véritable communiqué de la DGI, l’ajout d’explications qui n’apparaissent dans aucun document officiel et l’utilisation d’une photographie authentique mais sortie de son contexte afin de renforcer sa crédibilité.

Une image sortie de son contexte : vérification d’un faux discours attribué à Fanirisoa Ernaivo

À partir du 11 juin 2026, un autre contenu devient viral sur Facebook. Elle affirme que la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, aurait déclaré que toute personne appelant à ne pas payer la TVM pourrait être arrêtée et poursuivie conformément à la loi. Le message est accompagné d’une image montrant la ministre lors d’une prise de parole publique, laissant croire qu’elle s’exprime sur cette réforme fiscale.

Traduction du texte :
LA COUPE EST PLEINE, IL FAUT QUE VOUS PARLIEZ, MONSIEUR LE PRRM.
La TVM n’est pas adaptée au contexte ni à la réalité du pays.
Des perquisitions quotidiennes sans que l’on sache réellement qui les ordonne.
Le prix de la connexion qui a été légèrement baissé, pour être remis à son niveau initial. Des Indo-Pakistanais qui dominent et qui font du remblayage sur les terrains d’autrui (Lasora).
L’ISSM arrête et extorque de l’argent aux commerçants de films étrangers, alors que si ces films sont téléchargeables, c’est qu’ils disposent déjà des autorisations nécessaires pour être visionnés et diffusés.
Que chacun signale les dysfonctionnements qui devraient être corrigés.
Si la situation continue ainsi, la prédiction d’un certain prophète selon laquelle il s’agirait du plus court régime de tous les temps finira par se réaliser.
 Le peuple attend des réponses

Traduction des textes dans le visuel :
1)   Fanirisoa Ernaivo
    Une loi a été instaurée rendant obligatoire le paiement de l’impôt pour les    voitures et les motos. Toute personne qui incite la population à ne pas payer cet impôt peut être arrêtée et poursuivie conformément à la loi.
2) La nouvelle loi relative à la TVM sur les véhicules est inacceptable. Le peuple malgache, déjà pauvre, ne doit pas être davantage exploité.

Afin de vérifier cette affirmation, What The Fact a recherché l’origine de l’image utilisée, consulté les posts de la ministre et ceux du ministère de la Justice, puis retrouvé et visionné l’intégralité de la vidéo dont est extraite la capture d’écran diffusée sur les réseaux sociaux.
La recherche inversée permet d’identifier l’origine de l’image : elle provient d’un contenu publié sur la page Facebook du média privé KOLO TV diffusée le 1er juin 2026, soit bien avant l’annonce officielle de la mise en vigueur de la TVM.

L’analyse révèle que cette prise de parole porte sur l’application impartiale de la loi et le fonctionnement de la justice, sans aucun lien avec la Taxe sur les Véhicules à Moteur.

Traduction du texte :
Ministre Fanirisoa Ernaivo :
La Justice ne tient pas compte de l’origine de ceux qui enfreignent la loi.
C’est la Justice qui est chargée de l’application de la loi, a déclaré aujourd’hui la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, et non elle en tant que personne. Elle a clairement affirmé que lorsqu’une personne enfreint la loi, la Justice ne tient pas compte de son origine, qu’elle soit issue des Hautes Terres ou des régions côtières.
Selon elle, nous avons trop longtemps eu l’habitude de ne pas appliquer la loi, mais de tenir compte de l’origine ou de l’appartenance politique des personnes concernées. Elle a également rappelé que seul le respect de l’État de droit permettra de sortir de la pauvreté et de lutter contre la corruption.
Photo : Arphine
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Traduction du texte dans le visuel :
Ministre Fanirisoa Ernaivo
La Justice ne tient pas compte de l’origine des personnes qui enfreignent la loi.

Pour approfondir les recherches, nous avons consulté le compte personnel de la ministre de la Justice. La dernière publication qui y est affichée (au moment de l’élaboration de l’article) date du 25 mars 2026. Aucune information ni déclaration concernant la TVM n’y est donc visible.
Puis la page du ministère de la Justice de Madagascar a également été scrutée. Aucune déclaration ni aucun communiqué relatif à la Taxe sur les véhicules à moteur n’y est présent.
L’équipe retrouve ensuite la vidéo complète publiée par Actu.mg le 8 juin 2026 et en visionne l’intégralité. La ministre y évoque notamment l’application de la loi, plusieurs dossiers judiciaires en cours ainsi que l’évolution de certaines enquêtes, mais ne formule à aucun moment les propos qui lui sont attribués dans le contenu viral. Les vérifications menées sur ses comptes officiels et sur ceux du ministère de la Justice ne permettent pas davantage d’identifier une déclaration relative à la TVM.

Les éléments recueillis révèlent que les propos attribués à Fanirisoa Ernaivo n’ont jamais été prononcés. Ces visuels reposent sur l’utilisation d’une image authentique, extraite d’une intervention réelle, mais entièrement sortie de son contexte afin d’attribuer à la ministre des propos qu’elle n’a jamais tenus. Il s’agit ainsi d’un faux attribut utilisant une prise de parole consacrée à un autre sujet pour construire un récit trompeur autour de la TVM.

Une image modifiée pour annoncer une prétendue suppression de la TVM : le cas du Colonel Michaël Randrianirina

À la suite de la publication du président de l’Assemblée nationale annonçant son intention de proposer la suppression de la TVM lors de l’examen de la Loi de finances rectificative, plusieurs contenus circulant sur les réseaux sociaux affirment que le président de la Refondation de la République de Madagascar, le Colonel Michaël Randrianirina, se serait lui aussi opposé à cette taxe et aurait annoncé son annulation. Ces messages sont illustrés par un visuel reprenant son image et lui attribuant plusieurs déclarations favorables à la suppression de la TVM.

Traduction du texte :
Il ne faut plus en rajouter à la misère du peuple, déclare le Président Michael, donc en conséquence, la TVM est annulée.
#PRRM
#Refondation
Traduction du texte dans le visuel :
Le colonel Michael, Président de la Refondation, refuse la TVM (Taxe sur les véhicules à moteur).
“Le peuple est la priorité !
Les impôts qui n’aident pas la population ne seront pas acceptés.
La contrainte et l’accumulation illégale de richesses ne seront pas acceptées.
Les fonds publics sont destinés au développement et non aux dirigeants !”
Refondation = amour du peuple, et non pas son exploitation !

Pour vérifier cette affirmation, nous avons contacté la page à l’origine de la publication, procédé à une recherche inversée de l’image utilisée et consulté les prises de parole officielles du colonel Michaël Randrianirina durant la période concernée.
Nous avons ainsi contacté en message privé la page dont vient la présumée déclaration concernant la source ou les preuves de la déclaration qu’ils ont partagé le 11 juin 2026. Elle n’a pas donné suite à notre demande.

En analysant les informations publiques de la page, nous pouvons voir que la page se place dans la catégorie « Création digitale » et existe depuis le 17 août 2017. En consultant l’historique des contenus partagés par le profil, nous avons constaté qu’il a été utilisé pour de la vente en ligne entre 2023 et 2024 et a commencé à partager des publications liées à la politique à partir de janvier 2026.
La recherche sur Google Lens révèle que l’image utilisée provient d’une photographie réelle prise lors d’un déplacement présidentiel à Paris en février 2026. L’analyse du visuel laisse apparaître plusieurs indices suggérant une modification graphique, possiblement réalisée à l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Les discours prononcés lors de cette visite sont antérieurs à l’annonce de la TVM et ne contiennent naturellement aucune déclaration sur cette réforme.

Enfin, les publications officielles de la Présidence indiquent qu’entre le 10 et le 14 juin 2026, le Colonel Michaël Randrianirina effectuait une tournée dans le sud de Madagascar consacrée principalement à l’inauguration d’infrastructures et à la réhabilitation de routes nationales. Aucune de ses interventions durant cette période n’évoque la Taxe sur les Véhicules à Moteur.

Traduction du texte : 11 juin 2026 | Betroka, Région Anôsy
Début de la réparation (de la RN13 traversant la ville de Betroka)

Les discours qu’il a tenus à Tôlagnaro, Anôsy, Tsihombe et Ambovombe lors des différentes inaugurations d’infrastructures concernent principalement la réparation des routes nationales de cette partie de l’île. Le Colonel Michael Randrianirina ne mentionne la taxe sur les véhicules à moteur dans aucune de ses prises de paroles durant cette période.

Les recherches menées indiquent que le Président de la Refondation n’a jamais déclaré refuser la TVM ni annoncé son annulation. Le contenu repose sur un faux attribut combinée à une image réelle modifiée. Elle illustre un procédé visant à donner une apparence de crédibilité à un contenu politique en utilisant l’identité d’une personnalité publique.

Qui peut réellement supprimer la Taxe sur les Véhicules à Moteur ?

Au-delà des débats suscités par la réinstauration de la TVM, une autre question s’est rapidement imposée dans les discussions en ligne : la taxe peut-elle encore être supprimée ?
Cette interrogation prend une nouvelle dimension le 11 juin 2026 lorsque le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, publie notamment un message sur sa page Facebook officielle annonçant que les députés proposeront la suppression de la TVM lors de l’examen du projet de Loi de finances rectificative (LFR) pour 2026. Selon lui, la priorité devrait être accordée au renforcement des contrôles routiers, au respect du Code de la route et à l’application des sanctions prévues pour les contrevenants, plutôt qu’à l’instauration d’une nouvelle charge fiscale pesant sur l’ensemble des propriétaires de véhicules.

Cette prise de position soulève toutefois une question importante : une taxe instaurée par une Loi de finances peut-elle être supprimée par une simple déclaration politique ou par la seule volonté de l’Assemblée nationale ?

Afin de répondre à cette question, l’équipe de What The Fact a consulté la Loi des Finances pour 2026. L’analyse est complétée par les éclairages d’un juriste afin d’expliquer le rôle respectif des différentes institutions dans l’adoption, la modification ou la suppression d’une disposition fiscale.

La Taxe sur les Véhicules à Moteur ne résulte pas d’une décision administrative prise par la Direction générale des impôts. Elle trouve son fondement dans la Loi n° 2025-021 portant Loi de finances pour 2026, adoptée selon la procédure législative prévue par la Constitution.

Selon Lovamalala Randriatavy, Professeure en Droit public, « la Taxe sur les Véhicules à Moteur ayant été instituée par la Loi de finances 2026, sa suppression relève du législateur, conformément au principe du parallélisme des formes et des compétences ainsi qu’au principe de légalité de l’impôt. Le Gouvernement ne peut pas, en principe, décider de ne pas appliquer une disposition fiscale en vigueur. Tant que la loi n’a pas été modifiée ou abrogée par une nouvelle loi, l’administration demeure tenue de l’exécuter. Une simple non-application administrative constituerait une atteinte au principe de légalité et à la hiérarchie des normes ».

Au-delà de la controverse

Mis à part la question fiscale qu’elle soulève, la réinstauration de la Taxe sur les Véhicules à Moteur illustre la manière dont une réforme publique peut rapidement devenir un terrain propice à la circulation de contenus trompeurs. En quelques jours seulement, les débats autour de la TVM ont laissé place à une multiplication de récits concurrents mêlant interrogations légitimes, spéculations, prises de position politiques et désinformation.
Les vérifications réalisées par What The Fact montrent que ces contenus reposent sur des procédés variés : certains présentent comme acquises des conséquences qui n’ont fait l’objet d’aucune décision officielle, tandis que d’autres attribuent à des personnalités publiques des déclarations qu’elles n’ont jamais prononcées en s’appuyant sur des images sorties de leur contexte ou manipulées.
Ces événements rappellent que les réformes touchant directement la vie quotidienne des citoyens constituent des sujets particulièrement sensibles dans l’espace numérique. Dans ce contexte, la consultation des textes officiels et des sources ainsi que l’identification de l’origine des images demeurent des réflexes essentiels pour distinguer les faits des interprétations et contribuer à un débat public fondé sur des informations fiables.

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