Depuis le 1er juin 2026, des publications virales circulent dans des groupes Facebook à forte audience, accompagnées d’un arrêt sur image montrant le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina. Selon ces publications, il aurait nié toute responsabilité concernant les perquisitions et les emprisonnements menés récemment par les autorités, en attribuant ces actes à la ministre de la Justice.

Traduction du texte : 𝗖𝗢𝗟𝗢𝗡𝗘𝗟 𝗠𝗜𝗖𝗛𝗔𝗘𝗟 : « »𝗖𝗘 𝗡’𝗘𝗦𝗧 𝗣𝗔𝗦 𝗠𝗢𝗜, 𝗖’𝗘𝗦𝗧 𝗟𝗔 𝗠𝗜𝗡𝗜𝗦𝗧𝗥𝗘 𝗗𝗘 𝗟𝗔 𝗝𝗨𝗦𝗧𝗜𝗖𝗘 𝗤𝗨𝗜 𝗔 𝗗𝗢𝗡𝗡𝗘́ 𝗟’𝗢𝗥𝗗𝗥𝗘 𝗗’𝗘𝗙𝗙𝗘𝗖𝗧𝗨𝗘𝗥 𝗖𝗘𝗦 𝗣𝗘𝗥𝗤𝗨𝗜𝗦𝗜𝗧𝗜𝗢𝗡𝗦 𝗘𝗧 𝗖𝗘𝗦 𝗜𝗡𝗖𝗔𝗥𝗖𝗘́𝗥𝗔𝗧𝗜𝗢𝗡𝗦 » »
Les propos du président du Fanavaozana, le Colonel MICHAËL, sont clairs : il affirme n’avoir aucune implication dans les représailles politiques, les incarcérations de personnes ayant des opinions différentes ici et là, ni surtout dans les perquisitions qui font beaucoup parler d’elles ces derniers temps.
Selon le Colonel MICHAËL, c’est la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, qui est responsable des ordres relatifs à ces nombreuses perquisitions et incarcérations. Il estime donc qu’il serait préférable de lui poser la question à ce sujet.
Pour ma part, je suis ouvert et je collabore avec tout le monde, et c’est moi-même qui ai appelé les responsables politiques et les collaborateurs du régime précédent que j’ai invités à travailler avec moi. Il ne faut plus continuer à se rejeter la faute et à se pourchasser mutuellement. Lorsque nous quitterons le pouvoir, faudra-t-il également prendre la fuite ? Il faut mettre fin à ces persécutions, a déclaré le Colonel MICHAËL.
Bon, la balle est désormais dans le camp du Ministère de la Justice de Madagascar, puisque le président du Fanavaozana, le Colonel Mickaël, s’est déjà retiré de l’affaire !
Traduction du texte dans le visuel: COLONEL MICHAEL RANDRIANIRINA : « C’est la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, qui donne les ordres pour effectuer ces perquisitions et ces incarcérations… moi, je ne pratique pas les représailles politiques »
Notre processus
WHAT THE FACT s’est intéressé à ces publications afin de vérifier si les propos attribués au président de la Refondation ont réellement été tenus, dans quelles circonstances ils ont été prononcés et si les interprétations relayées en ligne correspondent au contenu original de son intervention médiatique. Pour répondre à ces questions, plusieurs techniques d’OSINT (Open Source Intelligence) ont été mobilisées, notamment la recherche par image inversée via Google Lens et la consultation de la page Facebook officielle de la Télévision Malagasy (TVM).
Notre enquête
Une recherche par image inversée a été effectuée à partir des visuels viraux circulant sur Facebook. Après utilisation de Google Lens et sélection de l’option « correspondance visuelle », plusieurs résultats ont été obtenus, renvoyant à des contenus reprenant le même visuel ou des visuels similaires. Ces résultats ont permis d’identifier l’origine de l’image comme une capture issue de l’intervention du colonel Michaël Randrianirina diffusée sur la chaîne nationale TVM (Télévision Malagasy) le 31 mai 2026, intervention qui a par ailleurs été reprise et relayée par plusieurs médias en ligne.

Nous avons ensuite consulté la page Facebook officielle de la chaîne nationale TVM et effectué une recherche avancée à l’aide du filtre de publication, afin de nous concentrer sur les contenus publiés par la chaîne publique à la date du 31 mai 2026.

Le filtre de publication nous a permis d’identifier une publication relative à un entretien médiatique avec le colonel Michaël Randrianirina, sur la page Facebook de la chaîne TVM.

What The Fact a analysé l’intégralité de cette intervention, au cours de laquelle le président de la Refondation de la République de Madagascar s’est exprimé sur la situation politique et institutionnelle du pays, en abordant notamment la mise en œuvre des réformes en cours, incluant le processus de concertation nationale et les mesures de restructuration de l’appareil étatique, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre ces réformes afin de consolider la refondation des institutions et de renforcer la stabilité politique. Il a également évoqué les tensions politiques et les critiques relayées sur les réseaux sociaux, appelant à privilégier la cohésion nationale et la poursuite des objectifs de la refondation.
La séquence la plus citée par les publications virales se situe entre la 19e minute et 20 secondes et la 21e minute de la vidéo. Le journaliste Johary Ravoajanahary y évoque les critiques selon lesquelles les arrestations et perquisitions concerneraient principalement des personnes issues des Hauts-Plateaux.
« (…) ce que l’on constate également, Monsieur le Président, c’est que les arrestations et les perquisitions concernent principalement des personnes issues des Hauts-Plateaux, les discussions à ce sujet sont très nombreuses, je profite de cette occasion pour aborder ces discussions »
En réponse, le colonel Michaël Randrianirina déclare notamment:
« Je ne vais pas m’immiscer dans les affaires de la justice, dont je considère que la ministre de la Justice, qui est également originaire des Hauts-Plateaux, est la responsable, et c’est à elle qu’il faut poser la question de savoir s’il existe réellement une poursuite ciblant des personnes issues des Hauts-Plateaux ; à ma connaissance, ce sont les enquêtes qui déterminent l’ensemble des procédures. Ensuite, concernant les représailles politiques, nous n’en faisons probablement pas, sinon les gens ne continueraient pas à se plaindre en parlant encore des “forongony” (ndlr: terme employé pour désigner certains membres de l’ancien régime). Les personnes qui exercent des activités entrepreneuriales de manière correcte, les responsables politiques qui font leur travail correctement et qui ne préparent pas de tentative de coup d’État ne sont pas inquiétées. C’est pourquoi je dis qu’il n’y a pas de représailles politiques ici, et les personnes actuellement en prison disposent toutes de dossiers les concernant, comme l’a déjà expliqué la ministre de la Justice dans ses déclarations ».
L’analyse de cette séquence montre qu’aucun passage identifié dans la vidéo ne contient explicitement la phrase attribuée dans les publications virales, selon laquelle il aurait directement déclaré : « Ce n’est pas moi, c’est la ministre de la Justice qui a donné l’ordre de procéder à ces perquisitions et à ces emprisonnements. »
La formulation circulant sur Facebook constitue donc une réécriture plus catégorique du propos tenu lors de l’interview. Dans la vidéo originale, le président renvoie les questions relatives aux procédures judiciaires vers la ministre de la Justice et affirme que les enquêtes déterminent les poursuites. Il ne formule pas explicitement une désignation de la ministre comme seule responsable des perquisitions et arrestations, ni un désengagement total tel que présenté dans les publications virales.
Notre conclusion
Au regard des éléments vérifiés, WHAT THE FACT établit que l’arrêt sur image et la séquence vidéo diffusés sur les réseaux sociaux proviennent bien d’une intervention télévisée du président de la Refondation de la République de Madagascar. En revanche, les propos qui lui sont attribués dans certaines publications Facebook apparaissent réinterprétés et amplifiés. Si l’intervention aborde des questions liées aux institutions et aux procédures judiciaires, aucune source vérifiable ne permet de confirmer une désignation explicite de la ministre de la Justice comme seule responsable des perquisitions et arrestations, ni l’idée selon laquelle le président se serait totalement dégagé de toute responsabilité dans ces affaires. Ces publications reposent ainsi sur une lecture partielle du discours initial, entraînant une amplification de certains éléments hors de leur contexte.






