Le 10 février 2026, des contenus viraux sont largement relayés dans plusieurs groupes Facebook, dont VAOVAO MALAZA OFISIALY (1,5 million de membres), POLITIKA ETO MADAGASIKARA (160 100 membres) ou encore VAOVAO FARANY – FIL D’INFOS (172 900 membres). Ces publications attribuent au Président de la Refondation de la République de Madagascar, le Colonel Michael Randrianirina, une déclaration selon laquelle Facebook n’est pas faite pour les Malgaches, donc les Malgaches ne devraient plus l’utiliser. Elles mentionnent également des propos attribués au Premier ministre en décembre 2025, à l’Assemblée nationale, concernant la régulation, voire le blocage de Facebook.

Traductions :
CAPTURE 1- ❌❌❌ “FACEBOOK N’EST PAS FAIT POUR LES MALGACHES, DONC LES MALGACHES NE DEVRAIENT PLUS UTILISER FACEBOOK” ❌❌❌ a déclaré le Colonel Michael Randrianirina en réponse aux critiques et premières révélations faites par le Colonel Patrick concernant l’existence de mafias et de personnes corrompues au sein de ce gouvernement de refondation.
Le régime actuel pourrait aller jusqu’à envisager la suppression ou le contrôle de l’utilisation de Facebook à Madagascar.
Le Premier ministre avait également déclaré, à l’Assemblée nationale, en décembre dernier (ndlr 2025), que les critiques, les controverses et les jugements portés par les utilisateurs de Facebook sur le régime sont trop nombreux et constituent un frein au développement, et qu’il serait donc envisageable de créer une loi permettant de supprimer ou de réguler ce réseau social.
Ne serait-ce pas que les dirigeants actuels ne veulent pas que le public découvre leurs affaires louches, leurs scandales et la corruption qu’ils entretiennent avec des ressortissants indiens et des mafias, notamment leurs déplacements clandestins quotidiens en jet privé pour transporter de l’or ?
CAPTURE 2- Les Malgaches ne devraient plus utiliser Facebook, a déclaré le Colonel Michael Randrianirina.
Facebook gêne les réformes en cours.
CAPTURE 3- Le Colonel Michaël, veut couper Facebook, c’est donc cela la vraie refondation 😂😂
Ces publications s’inscrivent dans un contexte marqué par une intensification des critiques, accusations et informations circulant en ligne et ciblant les membres du régime actuel. Depuis le début du mois de février, de nombreux contenus relayés dans les groupes de discussion abordent des sujets sensibles liés à la gouvernance, à la corruption présumée ou aux pratiques des autorités. Cette dynamique alimente un climat socio-politique tendu, caractérisé par des affrontements verbaux récurrents entre partisans du pouvoir et acteurs critiques, et par une forte polarisation des échanges sur les réseaux sociaux.
Notre processus
Ces propos sont-ils authentiques et les visuels partagés proviennent-ils de sources officielles ? S’agit-il d’une annonce formellement établie par les autorités ou d’un contenu manipulé ? Pour répondre à ces interrogations, WHAT THE FACT a examiné l’origine des déclarations attribuées aux responsables concernés ainsi que la provenance des images diffusées. L’analyse s’est appuyée sur la consultation de sources primaires, l’examen des métadonnées des visuels et le recoupement avec les communications officielles disponibles en ligne.
Notre enquête
Afin d’établir l’origine exacte des propos attribués au Chef de l’État, notre équipe a reconstitué le contexte de ses prises de parole publiques dans le courant du mois de février 2026.
À l’issue de la cérémonie officielle d’ouverture des Assises nationales de la Gendarmerie, le 9 janvier 2026, au Centre de conférence international d’Ivato, le Président de la République, le Colonel Michaël Randrianirina, s’est exprimé devant la presse sur plusieurs sujets d’actualité politique.
Lors de cette déclaration, il a notamment condamné la rencontre tenue le 6 février 2026 entre Andry Rajoelina et Mswati III, dénonçant une atteinte à la souveraineté nationale et un élément de perturbation du processus de retour à l’ordre constitutionnel. Le Chef de l’État a également réagi aux rumeurs circulant sur les réseaux sociaux concernant l’existence supposée d’un mandat d’arrêt visant le colonel Patrick Rakotomamonjy, ancien directeur des doléances auprès de la Présidence et figure active sur Facebook.
Dans ce contexte, il a formellement indiqué qu’aucun mandat d’arrêt n’avait été émis à l’encontre de ce dernier, s’interrogeant sur l’origine de ces informations et sur leur diffusion. Voici l’extrait exact de sa déclaration, tel qu’énoncé en malgache :
« (…) io no teneniko isan’andro, isika Malagasy tsy dia tsara loatra lalaovin’ity Facebook ity. Ny azoko tenenina fotsiny aloha, mbola tsisy didy fampisamborana (ndlr miantefa amin’ny colonel Patrick Rakotomamonjy). Mifanontany izahay rehetra ao hoe iza no niandohan’ilay didy ? Tsisy didy fampisamborana nivoaka na hatraiza na hatraiza. Izay no mahagaga ahy. Ny tiako hotsindriana kely fotsiny, ary tiako hisarihana ny sain’ny Malagasy. Miala tsiny, ataoko amin’ny teny frantsay kely : “en politique, il n’y a pas de hasard, tout est calculé”. Io fifanesinesen’ny zavatra na “succession d’événement” io, misy dikany io. »
Traduction: « (…) C’est ce que je répète chaque jour : nous, Malgaches, ne devrions pas nous laisser manipuler par Facebook. Ce que je peux dire pour l’instant, c’est qu’il n’y a encore aucun mandat d’arrêt (ndlr visant le colonel Patrick Rakotomamonjy). Nous nous interrogeons tous sur l’origine de ce prétendu mandat. Aucun mandat d’arrêt n’a été émis, d’où que ce soit. C’est ce qui m’étonne. Ce que je veux simplement souligner, et attirer l’attention des Malgaches là-dessus — excusez-moi, je vais le dire en français : “en politique, il n’y a pas de hasard, tout est calculé”. Cette succession d’événements a un sens. ».Extrait du Journal télévisé Kolo Tv du 09 Février 2026 (3:18)

Au regard de l’extrait intégral et de son contexte de diffusion, il apparaît que le Colonel Michaël Randrianirina n’a nullement appelé à l’abandon de Facebook ni à une quelconque rupture avec les réseaux sociaux. Sa prise de parole visait plutôt à alerter sur les risques de manipulation de l’opinion publique à travers des informations non vérifiées circulant en ligne. Cette mise en garde s’inscrit dans une réponse politique précise, formulée face à des rumeurs persistantes concernant l’existence supposée d’un mandat d’arrêt et, plus largement, dans un climat de critiques et d’accusations ciblant les membres du régime en place.
L’enquête de notre desk s’est également étendue aux propos attribués au Premier ministre, Herintsalama Rajaonarivelo, cité par les rumeurs pour des propos tenus en décembre à l’Assemblée nationale. Selon ces contenus, le chef du gouvernement aurait dénoncé la multiplication des critiques, des polémiques et des jugements hâtifs formulés sur Facebook à l’encontre de l’action publique, estimant que ces pratiques contribueraient à freiner la mise en œuvre des projets de développement. Des allusions sont également faites à la possibilité d’un encadrement, voire d’une restriction, de l’usage de ce réseau social.
Nos recherches sur divers sites d’information et médias confirment que, le 18 décembre 2025, lors d’une séance de questions-réponses au Palais de Tsimbazaza, le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo a exprimé ses préoccupations face à ce qu’il a qualifié de « prolifération des dérives dans les discours sur les réseaux sociaux ». Pour établir la teneur exacte de son intervention, nous avons consulté les comptes rendus parlementaires ainsi que les articles de presse ayant relayé cette séance. Il ressort que le chef du gouvernement s’adressait directement aux députés en ces termes :
« (…) C’est vous qui représentez la population malgache. Nous, nous sommes des techniciens. Mais vous, soumettez votre proposition de loi sur ces réseaux sociaux(…) ».
Cette prise de parole faisait suite à une interpellation du député Roland Ratsiraka, inquiet de la montée des discours de haine visant des investisseurs et certaines communautés, avec des répercussions jugées néfastes pour l’économie nationale. Un article publié le 21 décembre 2025 par le média en ligne 2424.mg (https://2424.mg/medias-de-masse-le-premier-ministre-invite-les-deputes-a-soumettre-une-proposition-de-loi-pour-reguler-les-reseaux-sociaux/) précise que, loin d’annoncer une fermeture ou une interdiction de Facebook, le Premier ministre a rappelé le rôle et les prérogatives du Parlement en matière de législation, invitant les élus à proposer, le cas échéant, un cadre légal pour la régulation des réseaux sociaux.

Au regard des éléments recueillis, il apparaît que le Premier ministre, Herintsalama Rajaonarivelo, n’a pas menacé de fermer Facebook ni appelé à restreindre son usage. Ses propos visaient à rappeler aux députés leur rôle législatif pour encadrer les contenus en ligne et à signaler les dérives observées sur les réseaux sociaux, dans le cadre d’une discussion institutionnelle précise et non comme une action unilatérale du gouvernement.
Un mécanisme de manipulation visuelle
Les visuels utilisés dans les publications analysées ont été examinés à l’aide d’une recherche par image inversée via Google Lens. Celle-ci montre que la photo ne provient pas des Assises nationales de la Gendarmerie, mais a été prise le 29 janvier 2026, sur la base aéronautique d’Ivato, lors d’une cérémonie de remise de galons à 43 officiers généraux. L’analyse des discours prononcés ce jour-là confirme qu’aucune mention de Facebook n’y figure.

Le visuel de la publication détourne le format des “cartes d’actualité” (news cards) pour imiter le style des médias sérieux et donner une fausse autorité à une déclaration inventée. En associant une phrase choc à la photo d’un officiel, ce montage cherche à provoquer une émotion forte et immédiate. Ce procédé est conçu pour court-circuiter l’esprit critique et favoriser une diffusion virale avant toute vérification.
Notre conclusion
À l’issue de cette vérification, WHAT THE FACT confirme que les publications laissant entendre que le pouvoir en place souhaiterait supprimer Facebook sont trompeuses. Le Colonel Michaël Randrianirina n’a pas appelé à l’abandon de Facebook, mais a mis en garde contre la manipulation de l’opinion publique, tandis que le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo rappelait le rôle des députés dans la régulation des contenus en ligne. Il ne s’agit donc pas d’un projet de suppression du réseau social, mais d’un débat sur la régulation des dérives numériques. Ces publications reposent sur une distorsion des propos de deux dirigeants, décontextualisés et associés à un visuel manipulé pour renforcer un effet alarmiste.








