Le décès de Stecy, survenu à la fin du mois de février 2026 dans un contexte de vigilance accrue autour du Mpox à Madagascar, s’est rapidement imposé comme un sujet de forte résonance sur les réseaux sociaux. En l’espace de quelques jours, il a donné lieu à une production intense de contenus en ligne, révélant une fragmentation des récits autour des circonstances du drame. Entre le 2 et le 9 mars 2026, l’équipe de What The Fact a recensé 53 publications à caractère polémique ou contestataire, diffusées sur Facebook. Ces contenus ont été observés au sein de groupes de discussion publics tels que INO VAOVAO DIEGO, VAOVAO Farany FIL D’INFOS, NDAO HANDALINA POLITIKA AVO LENTA, ainsi que dans des groupes associés à des figures politiques, mais aussi sur des pages et comptes de blogueurs ou d’influenceurs. Ces contenus, souvent basés sur des informations partielles ou des interprétations individuelles, illustrent la rapidité avec laquelle des récits concurrents peuvent se structurer dans un contexte sanitaire sensible.
Mais au-delà des controverses, une question essentielle se pose : que sait-on réellement des procédures sanitaires appliquées à Madagascar dans ce type de situation ?
Au-delà de ce cas particulier, les réactions observées s’inscrivent dans des dynamiques plus larges, souvent identifiées dans des contextes sanitaires sensibles. La circulation rapide de l’information, les incompréhensions liées aux protocoles médicaux et les écarts de perception entre institutions et population ne constituent pas des phénomènes isolés.
Cet article propose de prendre du recul en apportant des repères clairs sur le fonctionnement des protocoles sanitaires à Madagascar. Il vise à expliquer concrètement les étapes de prise en charge et les procédures appliquées en contexte de maladie épidémique ou infectieuse, ainsi que les écarts qui peuvent exister entre les réalités du terrain et la perception du public.
Notre procédure
Dans le cadre de cette analyse, l’équipe de What The Fact a examiné de manière approfondie les informations disponibles autour du décès, en croisant sources institutionnelles, contenus médiatiques et publications en ligne, afin d’analyser la manière dont les procédures sanitaires sont comprises et interprétées dans un contexte sensible. Des échanges ont également été menés avec le ministère de la Santé publique afin d’apporter un éclairage concret sur les protocoles effectivement appliqués sur le terrain. Afin d’obtenir un regard neutre sur l’application de ces directives, nous avons également sollicité l’expertise d’un médecin indépendant, permettant ainsi de confronter les protocoles théoriques aux réalités vécues sur le terrain.
Afin de mieux comprendre ces procédures, l’analyse s’est structurée autour de plusieurs axes. Le premier concerne le cadre réglementaire autour du certificat de constatation de décès, notamment l’existence de modèles standardisés selon les structures de santé. Le second porte sur les délais d’obtention des résultats biologiques liés à la Mpox et leurs implications dans la prise de décision médicale. L’analyse s’intéresse également à la conduite à adopter lorsqu’un patient décède avant la réception de ses résultats, ainsi qu’aux conditions dans lesquelles une pathologie suspectée peut être mentionnée sur le certificat. Un autre point concerne les éventuelles procédures de rectification des certificats, ainsi que les modalités d’information des familles. Enfin, elle examine les conditions d’application des mesures sanitaires spécifiques, notamment en matière d’inhumation, y compris sur la base d’une suspicion clinique, ainsi que leur cadre réglementaire.
Notre enquête
Du constat de décès aux protocoles encadrant l’inhumation, en cas de maladie infectueuse
Selon les précisions de Rina Ravoniandro, Directeur de la Communication auprès du ministère de la Santé publique, le circuit administratif débute dès la survenue du décès. Le constat est établi par un médecin qui renseigne l’heure, le lieu et une cause initiale du décès sur une ordonnance. Cette conclusion médicale repose, dans un premier temps, sur les signes cliniques (les symptômes visibles) observés au moment du constat. Dans le cas de maladies infectieuses, comme la Mpox, lorsque des prélèvements biologiques sont en cours d’analyse et que le patient décède avant la disponibilité des résultats, le médecin peut être amené à attendre les résultats d’analyse afin de statuer de manière plus précise sur la cause du décès. Selon ses précisions, les résultats de laboratoire — notamment dans le cadre de la Mpox — peuvent être disponibles dans un délai relativement court, généralement inférieur à 24 heures.
Protocole sanitaire en cas de Mpox
Selon le protocole établi par le ministère de la Santé publique, seules des équipes de santé formées sont habilitées à intervenir. Elles procèdent à la prise en charge du corps en utilisant des équipements de protection individuelle (EPI), à sa désinfection, puis à sa mise en sac mortuaire avant inhumation. Les représentants de la famille peuvent assister à cette opération. Selon les explications apportées par le Dr Ranaivo Andriamanantena Rija, Chef de division PCI/SSenv/MSANP, le virus peut rester présent dans le corps après le décès, exposant les personnes en contact avec la dépouille à un risque de contamination de l’épidémie. Le ministère de la Santé publique souligne que ce protocole mis en place est cautionné par l’OMS a été mis en place pour avoir un enterrement digne et sécurisé que chaque famille endeuillée doit observer scrupuleusement.

Dans une vidéo publiée à la date du 22 mars 2026, le ministère de la Santé publique explique le protocole mis en pour avoir un enterrement digne et sécurisé que chaque famille endeuillée doit observer scrupuleusement
Ces mesures s’accompagnent de restrictions temporaires visant à limiter les risques de contamination de l’épidémie. Elles concernent notamment l’organisation des rites funéraires et une inhumation réalisée dans un délai court — généralement dans les 24 heures — ainsi que la suspension de certaines pratiques traditionnelles comme le retournement des morts (famadihana). Par ailleurs, l’inhumation s’effectue dans des espaces dédiés, en dehors des caveaux familiaux. Certaines pratiques d’accompagnement du deuil restent toutefois possibles. Les visites aux familles endeuillées (famangiana) peuvent être maintenues, tout comme certaines cérémonies religieuses, notamment à l’église, mais dans le respect dans mesures barrières.
Les réalités sur le terrain
Si les institutions fixent les règles, c’est sur les épaules du médecin que repose la responsabilité légale du décès. Le Dr Domoina Soa Kanto Rakotonoely rappelle que le constat de décès n’est pas une simple formalité administrative, mais un acte médical strict. Selon ses précisions, la procédure varie en fonction des circonstances dans lesquelles le décès survient. Le praticien procède à un examen rigoureux du corps afin de déterminer les causes de la mort et d’en préciser la nature, qu’elle soit naturelle ou suspecte. Dans ce cadre, le médecin agit en toute indépendance et demeure seul responsable de ses conclusions.

“Le praticien procède à un examen rigoureux du corps afin de déterminer les causes de la mort et d’en préciser la nature, qu’elle soit naturelle ou suspecte” dixit le Dr Domoina Soa Kanto Rakotonoely.
Toujours selon ses dires, l’établissement du certificat de décès repose sur la collecte d’informations précises : identité du défunt, date, heure et lieu du décès. Une partie du certificat – la cause exacte et la nature du décès – reste toutefois confidentielle et strictement réservée au corps médical. Interrogé sur le cas des décès liés à des maladies contagieuses telles que la Mpox, il confirme que des procédures spécifiques sont engagées. “Dans ces situations, le ministère de la santé publique prend le relais dans les heures suivant le décès, avec l’établissement d’un certificat particulier adapté au contexte sanitaire” conclut-il.
Remise en contexte des procédures et des incompréhensions
Les réactions observées autour des cas mettent en évidence plusieurs zones potentielles d’incompréhension, liées à des écarts structurels entre le fonctionnement des protocoles sanitaires et leur perception dans l’espace public.
Un premier écart concerne la temporalité. Les protocoles médicaux reposent sur des processus évolutifs, dans lesquels certaines informations — notamment les causes du décès — peuvent être précisées ou actualisées à mesure que les résultats biologiques sont disponibles. À l’inverse, ces ajustements peuvent être perçus comme des incohérences ou des contradictions dans l’espace public.
Un second écart tient aux mesures sanitaires encadrant la gestion des corps en contexte de maladie infectieuse. Si ces protocoles répondent à des impératifs de prévention du risque de transmission, ils peuvent entrer en tension avec les attentes des familles, notamment en matière de rites et de proximité avec le défunt. Par ailleurs, la confidentialité des documents médicaux, tels que le certificat de décès, se heurte à une demande croissante de transparence dans l’espace numérique. Cette tension peut alimenter des suspicions, en particulier lorsque certaines informations ne sont pas rendues publiques.







