Depuis la confirmation des premiers cas de Mpox à Madagascar fin décembre 2025, de nombreuses publications sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, relaient des rumeurs, exagèrent le nombre de cas et proposent des remèdes à base de plantes médicinales présentés comme capables de guérir le virus. Certaines avancent que ces plantes suffiraient à éviter toute prise en charge médicale. Ces contenus ont circulé dans plusieurs groupes publics à forte audience.
Le 31 décembre 2025, un membre du groupe de discussion public sur Facebook INO VAOVAO DIEGO, qui compte près de 160000 membres, a posté une publication affirmant que des plantes médicinales pourraient guérir la variole du singe (Mpox). Cette publication a également été relayée dans d’autres groupes de discussions tels que VAOVAO Farany FIL D’INFOS, ou encore NDAO HANDALINA POLITIKA AVO LENTA, cumulant des milliers de réactions, de commentaires et de partages.

Traduction: Pour se prémunir de la variole du singe qui nous guette, voici comment faire avec le #MAZAM_BODY : 20 feuilles bouillies dans 2 litres d’eau, à boire. Pour le corps, se laver avec la décoction pour traiter les lésions et démangeaisons
Ne paniquez pas, préparez-vous simplement à affronter la maladie. Restez calme. Le remède traditionnel malgache (TAMBAVY GASY) suffit pour y faire face.
On a aussi la #PETITTE_MANDARINE ou #FATSENA dans le Sud-Est. Jésus a déjà préparé un TAMBAVY à l’avance pour les Malgaches le jour prévu.
Si la maladie persiste, écrasez comme du RAVITOTO (feuilles de manioc pilé) les deux TAMBAVY, buvez une cuillère du liquide obtenu le matin et le soir, et appliquez-le sur les plaies.
Pour ceux qui ont un problème de foie, vous êtes vulnérables à cette maladie. Buvez de l’eau chaude avec du citron le matin à jeun, et évitez l’huile et le sucre.
Je me suis préparé depuis longtemps pour cette maladie, mais il faut consulter un médecin et suivre toutes les consignes de protection.
Faites un bain de bouche avec #CIPTADENT pendant 10 minutes, sans eau, juste avec de la salive. Appliquez aussi du #BAUME_FOSA sur les narines si elles sont irritées.
Les yeux doivent être protégés par des lunettes de soleil.
Pour les poignées de main ou les contacts pour cette nouvelle année, arrêtez-les et remplacez-les par des SMS.
Mangez de la salade de fruits variés le matin à jeun, pas en jus mais en morceaux. Nous avons besoin de vitamines pour renforcer notre système immunitaire.
Lavez les vêtements sales pendant au moins une heure avant de les rincer.
Évitez les embouteillages, et ne traînez pas trop longtemps au marché.
La maladie ne se propage pas facilement, mais il ne faut pas la prendre à la légère.
Puisque c’est un virus, il est moins persistant à Madagascar grâce à l’écosystème malgache (climat, plantes…)
Arrêtez l’alcool, la bière, le vin et les cigarettes, et remplacez-les par du vinaigre et des crudités.
Enfin, priez, car nous avons une protection et une guérison grâce au sang de Jésus-Christ.


Le 7 janvier 2026, un membre du groupe de discussion VAOVAO Farany FIL D’INFOS, qui compte près de 470 000 adhérents, a diffusé une vidéo recommandant l’usage du Hazomboay, également appelé « arbre bombardier » (Hura crepitans), sous forme d’infusion. Dans cette vidéo, l’auteur assimile le Mpox à la varicelle et affirme avoir été infecté par ce virus en 2014, indiquant que la principale différence résiderait dans l’ampleur des lésions cutanées observées dans le cas du Mpox.
Il soutient que la tisane à base d’« arbre bombardier » constitue un remède naturel, peu coûteux et efficace, en opposition aux traitements médicaux qu’il qualifie de coûteux, notamment ceux relevant de la médecine orientale. L’auteur recommande également la consommation régulière d’une tisane à base de feuilles de Margose (Azadirachta indica), à laquelle il attribue un effet laxatif, affirmant que ce mécanisme permettrait au virus d’être éliminé par les selles.
Il justifie la diffusion de ces conseils par sa propre expérience de la maladie ainsi que par des témoignages qu’il affirme avoir recueillis sur l’efficacité de ces remèdes traditionnels.
La viralité de ces affirmations soulève des interrogations majeures en matière de santé publique. Certains auteurs recommandent même de se passer totalement de consultation médicale. Ces remèdes sont-ils efficaces contre une maladie virale comme le Mpox, ou représentent-ils un risque ?
Notre enquête
Pour analyser ces allégations et restituer les perceptions autour de la maladie, nous avons mobilisé :
- Les données officielles communiquées par les autorités sanitaires malgaches
- L’avis d’un médecin
- Le point de vue d’un tradipraticien
Nous avons également tenté de recueillir des témoignages de patients, qu’ils aient expérimenté des traitements traditionnels ou modernes, mais ils se sont montrés réticents à s’exprimer, notamment en raison des mesures d’isolement prévues par le plan national de lutte contre la maladie.
Ce que rapportent les autorités sanitaires
Selon les informations communiquées par les autorités sanitaires, les premiers cas de Mpox à Madagascar ont été détectés fin décembre 2025 à Mahajanga, région Boeny. Les analyses biologiques ont été réalisées par le Laboratoire d’Analyses Médicales Malagasy (LA2M) et l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM).
Au 20 janvier 2026, le ministère de la Santé publique rapporte : 133 cas confirmés, 262 cas suspects et 48 guérisons, sans décès signalé.

Les autorités rappellent que le Mpox est une maladie virale contagieuse, qui débute généralement par de la fièvre, suivie d’éruptions cutanées et du gonflement des ganglions lymphatiques. La prise en charge repose sur des soins de soutien, l’isolement des patients et le suivi médical, aucun traitement curatif spécifique n’étant disponible à ce jour.
L’avis d’un médecin
Face à la diffusion massive de ces remèdes traditionnels, le docteur Domoina Soa Kanto Rakotonoely souligne que certains tradipraticiens possèdent un savoir réel sur les plantes médicinales, transmis de génération en génération, et que plusieurs médicaments modernes en dérivent.

Dr Domoina Soa Kanto Rakotonoely, Médecin Généraliste
Cependant, il insiste : maîtriser ces plantes ne permet pas de traiter une maladie virale comme le Mpox sans preuves scientifiques. Les médicaments modernes font l’objet d’années de recherches pour en évaluer doses, effets thérapeutiques et risques, et ne sont autorisés qu’après des essais cliniques rigoureux. À l’inverse, les remèdes proposés sur les réseaux sociaux ne bénéficient d’aucune validation scientifique ni contrôle, exposant les patients à des risques. « Les patients ne sont pas des cobayes ; en cas de doute, mieux vaut s’abstenir », avertit-il.
Différence entre la varicelle et le Mpox
Pour répondre aux publications qui assimilent le Mpox à la varicelle, le docteur explique le principe de diagnostic différentiel, permettant de distinguer deux maladies présentant des ressemblances.

L’avis d’un tradipraticien
Selon Manjakasoalefona, tradipraticien interrogé dans le cadre de cette enquête, il ne serait pas approprié de conclure catégoriquement à l’inefficacité des remèdes traditionnels contre le Mpox. La médecine traditionnelle repose sur des expériences empiriques transmises de génération en génération, et selon lui, ces pratiques méritent d’être examinées avec nuance. Il classe la MPOX parmi les affections dermatologiques et insiste sur l’importance d’associer soins internes et prévention, plutôt que de se limiter à des traitements superficiels.
Parmi les remèdes les plus cités sur Facebook, certaines plantes seraient utilisées pour leurs vertus supposées de purification et de détoxification, notamment le Mazambody (Catharanthus roseus) et les feuilles de petite mandarine (Citrus reticulata), consommées en infusion. D’autres, comme le Hazomboay (Hura crepitans), sont réservées aux affections aiguës et préparées de manière spécifique, tandis que les feuilles de Margose (Azadirachta indica) seraient employées à des fins préventives.
Le tradipraticien précise toutefois que ces infusions seules ne permettent pas de traiter efficacement la MPOX à court terme ; elles sont envisagées comme des traitements de fond, dont les effets éventuels apparaissent sur le long terme. L’efficacité d’un traitement dépend également des caractéristiques propres à chaque patient, comme le terrain biologique ou génétique, chaque organisme réagissant différemment.
Notre conclusion
À ce stade, aucune preuve scientifique ne permet de confirmer que les remèdes à base de plantes relayés sur Facebook guérissent le Mpox. Si certaines plantes possèdent des propriétés intéressantes dans d’autres contextes, leur usage contre une maladie virale sans encadrement médical expose les patients à des risques réels.
Verdict : NON PROUVÉ








